La pag'oj de Goelano Les pages de Goéland

4. Aktualeco reagigas min. Kaj vi ? L'actualité me fait réagir. Et vous ?

Dum 2007
En 2007

01.11.2007

Dans le domaine de l'environnement, plusieurs voix, dont celle de Nicolas Hulot ou Yann Arthus-Bertrand, s'élèvent pour "laisser le monde un peu meilleur que ce que nous l'avons trouvé", comme l'a recommandé Baden-Powell au début du XXième siècle ; le centenaire du scoutisme nous rappelle la criante actualité de cet objectif. Mais c'est un peu tard, et ces prises de position ne deviennent audibles que parce que le réchauffement climatique crée l'urgence et la panique de ceux qui avaient les oreilles bouchées jusque là. Pour l'homo sapiens sapiens, qui d'après lui est doué de raison, c'est faire preuve de beaucoup de stupidité.
Et les voix alarmistes, qui tirent la sonnette depuis des années, montrent qu'il est important de ne pas faire payer à nos enfants les dégâts que notre inconscience continue d'accumuler. Mais le problème me paraît beaucoup plus grave. Les économistes estiment que face à la planétarisation des échanges nous sommes entrés dans une période de récession. Je pense que cette récession (financière entre autres) va être accentuée par les dépenses que nous devons, nous, payer aujourd'hui, pour les dégâts faits par nos prédécesseurs.
Quand j'étais adolescent, il y a trente ans, un camarade de classe nous avait dit au cours d'un exposé sur l'énergie nucléaire qu'en plus des déchets radio-actifs qu'il fallait stocker pendant des milliers d'années, les centrales nucléaires ne pouvaient servir que 30 ans et que les éléments de ces installations étaient aussi contaminés pendant des milliers d'années. Que vont faire nos descendants de cet héritage que nous leur livrons ?
La sortie du nucléaire est une urgence pour la survie de nos descendants et de la planète. Nous savons faire des centrales nucléaires à réacteurs sous-critiques, qui produisent des déchets, dont la demi-vie est inférieure à 30 ans. C'est à nous de le payer. Nous devons investir massivement dans l'éolien, le solaire et les autres énergies renouvelables ; c'est à nous de le payer. Nous devons nous passer aujourd'hui de l'efficacité des produits chimiques de synthèse, fabriqués à grande échelle, et dépenser en remplacement de l'huile de coude ; c'est à nous de payer de nos personnes, dans l'agriculture par exemple. Les gains ne se verront que chez nos enfants et petits-enfants, par une diminution des cancers et autres problèmes de santé, ou une amélioration de l'art de vivre.
Le problème réside dans l'absence de lien immédiat entre l'utilisation des CFC et le réchauffement climatique, par exemple ; pour comprendre la chaîne de conséquences, il faut que les scientifiques nous montrent les réactions chimiques, le cycle du carbone, la couche d'ozone, le rayonnement solaire, etc. Or le vendeur de produits ou d'énergies ne cherche que son intérêt immédiat, et le gain financier d'aujourd'hui. Les conséquences à long terme de ses actes, sur les générations futures, conséquences qu'il ne paiera pas, lui sont inconnues et le rendent dubitatif, s'il y pense un peu, et le plus souvent ne le concernent pas. Savons-nous faire le bonheur de nos enfants, même après notre mort ? Saurons-nous laisser le monde un peu meilleur que ce que nous l'avons trouvé, pour eux ?

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15.11.2007

J'ai découvert un site ouèbe qui propose un film, en images de synthèse, au sujet du système de transport PRT, que j'appelle RIVAGE. Ce film est au format Real Player, sur le site http://gettherefast.org/bettercampus.html en anglais.

19.12.2007

Le TGV Paris - Genève a percuté un poids lourd, en convoi exceptionnel, sur un passage à niveau à Tossiat, dans le département de l'Ain. Le chauffeur du camion est mort dans la collision et 35 personnes ont été blessées dans le train, dont le conducteur. Le TGV a déraillé en partie, mais ne s'est pas couché, préservant ainsi la vie des passagers. Saluons la haute technicité de ce train, pensé pour résister au mieux dans ce type de choc frontal.
Mais c'est un accident de trop, comme tous les accidents d'ailleurs. Il ne faut plus tolérer les véhicules de transport en site non-propres. Les passages à niveau sont progressivement supprimés, et ces transformations coûtent chers, bien sûr, mais beaucoup moins que des blessures humaines et des morts, car la santé et la vie n'ont pas de prix. Aujourd'hui nous ne pouvons plus tolérer que les trains roulent au même niveau que les voitures ou les camions, que les piétons se promènent à côté des voitures, des vélos et des tramways, que les cyclistes risquent leurs vies devant ou derrière des poids lourds, des trolleys, ou des trams, etc. Nous devons exiger un site propre pour chaque moyen de transport, sans passage à niveau avec les autres. Le train ne doit jamais rencontrer la route, les cyclistes doivent rouler avec les vélos, les voitures avec les voitures, les camions avec les camions, les tramways sans jamais pouvoir rencontrer les bus, etc. On n'imagine pas un métropolitain avec des gardes-barrières, ou attendant à un feu rouge que passent les piétons. Nous devons arriver au même concept pour les autres moyens de transport, et développer les points de contact pour les passagers entre ces modes de transports : c'est l'intermodalité.
L'avenir est là, et il y a du travail pour tout le monde avant d'y arriver !

26.12.2007

Ce soir, les six membres français de l'association "Arche de Zoé" sont condamnés par la cour criminelle de N'Djamena à huit ans de travaux forcés pour "tentative d'enlèvement d'enfants tendant à compromettre leur état civil" et "grivèlerie". Un Tchadien et un Soudanais ont été condamnés à quatre ans de prison, et deux autres tchadiens ont été acquittés. Ils doivent verser 6,3 millions d'euros aux parents des 103 enfants, et 1 franc CFA à l'état tchadien.
Cette condamnation est incompréhensible pour beaucoup de citoyens français, et certainement pour beaucoup d'européens, puisque les buts de l'association humanitaire étaient de permettre à des enfants d'éviter les horreurs d'une guerre, et de vivre à l'abri, dans des familles en France. Une majorité de français a ce soir le sentiment que l'état tchadien punit ces français parce qu'ils étaient venus faire du bien à des tchadiens, et je suppose que beaucoup de tchadiens estiment que ces français sont venus voler 103 enfants tchadiens ; l'incompréhension entre ces deux communautés est totale. Heureusement que des accords internationaux lient les deux états, qui veulent s'honorer dans le respect du droit.
Au delà du verdict et des tractations juridiques, le message que le Tchad veut faire passer à la France, et par ce moyen à l'Europe et au monde, est à mon avis assez clair. Nul n'a le droit de déplacer des enfants, voire même ses ressortissants, sans leur accord et pour des raisons non-reconnues valables par les autorités tchadiennes. Les tchadiens estiment que leurs enfants sont mieux chez eux, à domicile, qu'à l'étranger, et qu'il n'y a pas de bonnes raisons pour les enlever de leurs familles. L'état tchadien souverain estime avoir tous les atouts, et surtout tous les pouvoirs, en main pour conduire ces enfants à l'âge adulte et leur offrir un avenir heureux. Ces considérations pourraient très bien être avancées par l'état français, ou n'importe quel état européen ou autre. L'erreur commise par certains concepts humanitaires est de croire que les autres auxquels sont apportés soins médicaux, aides techniques, conseils en développement, etc, sont dans le besoin, sont ignorants, pauvres, amoindris, voire stupides et méprisables ; il s'agit là d'une forme moderne de racisme et un paravent pour continuer du colonialisme. Croire que certains africains sont pauvres, c'est faire preuve d'ignorance de la richesse de leur culture orale ; croire qu'ils ont surtout besoin de notre technologie pour "s'en sortir", c'est mépriser leur adaptation à leur milieu et leur imposer des machines qui les asservissent, même quand certains d'entre eux sont demandeurs. Ce qui permet ensuite à des entreprises européennes d'exploiter les ressources forestières et minières de certaines régions en embauchant des autochtones avec des salaires honteusement bas. Aimé Césaire est très démonstratif lorsqu'il parle de la construction du port d'Abidjan, dans son discours sur le colonialisme.
Au XXI° siècle, nous ne sommes plus à l'époque où il fallait civiliser les sauvages, et faire disparaître les peuplades primitives en forçant, contre le gré des parents, les enfants indiens d'Amérique ou aborigènes d'Australie à vivre dans des familles "d'adoption" ou des "orphelinats" pour qu'ils soient "éduqués" à la "civilisation", celle des blancs, ou des européens conquérants. Les pauvres, les vaincus et les retardés technologiques n'avaient que le droit de s'assimiler de force à la culture et à la façon de vivre du puissant. C'était là le sens du progrès et la marche vers le bien, puisque même certains autochtones, des plus "évolués", étaient volontaires pour envoyer leurs enfants dans les écoles des blancs pour apprendre "la science" et "la vérité", et ainsi perdre, à leur insu, leurs racines, leur culture, leur identité. Il y a certainement parmi les 103 enfants tchadiens, des garçons ou des filles qui voulaient découvrir la France, voire même poussés par leurs parents, faire des études dans les collèges, lycées et universités françaises, obtenir la nationalité française, et ensuite revenir, peut-être, au Tchad avec des diplômes et jouer un rôle important au pays, et ainsi éviter d'être enrôlés de force dans une milice locale comme enfant soldat, d'être tués par des guerres fratricides sans fins, ou de mourir dans un train d'atterissage d'avion arrivant à Roissy. Ces rêves sont brisés, et très bien illustrés par le film de Radu Milhaileanu : Va, vis et deviens (2005).
Dans les relations entre peuples, entre cultures, entre religions, entre ethnies, nous sommes en train de tourner une page. Les condamnés d'aujourd'hui, et leurs familles, l'apprennent douloureusement. Les bonnes raisons humanitaires ne sont plus suffisantes pour "faire de l'humanitaire", et le droit à l'ingérence humanitaire est remis en question. Les états autrefois appelés "en voie de développement" ne sont plus dupes de ces bonnes raisons. Pour garder à leur profit leurs ressources et sauvegarder leurs cultures, ils ont bien compris avec quelles armes ils doivent se battre contre les nouveaux colonialismes : ce sont les armes de leurs colonisateurs, même s'ils les manient imparfaitement, ce qui incite certaines familles de condamnés à parler de "justice d'opérette" ou de "mascarade". Nous leur avons expliqué pendant des générations que la culture orale devait être remplacée par une culture écrite, et que sous-entendu, comme ils n'avaient pas d'écriture, ni de textes anciens, notre écriture était l'outil dont ils avaient besoin, nos textes les mieux écrits, et donc notre droit le mieux expérimenté et le mieux construit, et que par conséquent ils n'avaient pas de culture et que nous étions bien bons de leur faire bénéficier de notre expérience, forgée à l'épreuve de plusieurs siècle de sagesse ! Les tchadiens l'ont bien compris, et ils utilisent le droit tchadien, image du droit français et européen, contre lequel la France n'aura rien à redire. Et pour bien montrer que le Tchad est un état de droit, ce qui est le passeport nécessaire à la respectabilité dans le concert des nations, la condamnation est motivée en respectant les règles juridiques tchadiennes, et en utilisant même un mot français médiéval que je ne connaissais pas : grivèlerie. Les juristes tchadiens, par cette forme littéraire, font savoir sur le fond qu'ils ont bien compris la portée non-dite de l'humanitaire et leur volonté d'assurer à leurs enfants un avenir à leur goût, pas forcément suivant les directives des puissants ; au risque même de laisser penser que "charbonnier est maître chez lui".

 

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